Avec « Mank », David Fincher sur les traces de « Citizen Kane » et de son père

C’est l’événement cinématographique de cet hiver. Avec « Mank », en ligne sur Netflix vendredi 4 décembre, David Fincher signe le portrait de Herman J. Mankiewicz, scénariste de « Citizen Kane ».

Le cinéaste David Fincher (Kate Gibb à partir d’une photo de Frank Ockenfels)

Samuel Blumenfeld
4 décembre 2020
Le magazine du Monde

Quand, au début des années 1990, son père a posé un scénario sur la table, David Fincher s’est contenté de regarder le titre inscrit sur la couverture. Mank. Il n’avait pas besoin d’en savoir plus. En un instant, il avait compris le sujet du récit que son père, Jack Fincher, journaliste, avait écrit. Une référence au diminutif par lequel ses pairs, à la cantine de la MGM – le studio hollywoodien le plus prestigieux des années 1930 et 1940 (Autant en emporte le ventLe Magicien d’Oz…) –, désignaient l’un des plus brillants scénaristes de sa génération, Herman J. Mankiewicz.

Ce dernier, frère du célèbre réalisateur Joseph L. Mankiewicz, oscarisé pour Chaînes conjugales (1949) et Eve (1950), était un touche-à-tout de génie. Un scénariste capable de proposer d’instinct que les séquences au Kansas du Magicien d’Oz soient tournées en noir et blanc et celle à Oz en couleurs, assurément l’utilisation la plus judicieuse d’un effet spécial à l’écran. Herman J. Mankiewicz était aussi l’auteur du scénario qui donnerait, en 1941, naissance à ce qui est communément désigné comme le plus grand film de l’histoire du cinéma : Citizen Kane.

A 7 ans, David Fincher avait entendu son père parler du chef-d’œuvre d’Orson Welles. S’il n’avait pas compris grand-chose, l’enfant avait saisi l’admiration portée au film, quasiment une dévotion. Alors, en ce début des années 1990, à presque 30 ans, le réalisateur de clips vidéo et de films publicitaires le plus talentueux de la planète pouvait légitimement prétendre devenir le destinataire de ce scénario. Mais ses états de service n’apparaissaient pas assez convaincants aux yeux de son père.

Ce journaliste, qui venait de prendre sa retraite – il dirigeait le bureau à San Francisco de l’hebdomadaire Life –, avait écrit ce scénario et discuté du projet avec son fils mais sans jamais rien mettre en branle pour le voir adapté à l’écran. Il s’était contenté de rêver ce film, imaginant le voir réalisé par un cinéaste de sa génération, un aventurier comme John Huston, par exemple. Le réalisateur du Trésor de la Sierra Madre (1948) et d’African Queen (1951) avait été boxeur, chasseur d’éléphants et collectionnait l’art précolombien. « Moi, en comparaison, soupire Fincher, j’avais fait quoi ? Réalisé des vidéos avec Madonna et des publicités pour Pepsi et Nike ? Ce n’est pas l’image du réalisateur qu’il se faisait. »

Article réservé aux abonnés

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s